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«A chaque secousse modérée, on s’éloigne d’un séisme majeur»

Publié le 11/02/2016, par dans Non classé.

– Depuis près de trois ans, une activité sismique, sans précédent, caractérise Hammam Melouane et sa région. Que se passe-t-il au juste ?

Pour vous démontrer que l’histoire se répète assez souvent et pour répondre à votre question, je me réfère à mes travaux de thèse sur cette zone spécifique de la Mitidja (pages 120 et 121, thèse A. Boudiaf, 1996). La sismicité de la région de Blida est historiquement bien connue. Cette ville a été complètement détruite à plusieurs reprises (3 février 1716, 17 mars 1756, 16 mai 1760 et 2 mars 1825). Les séismes du 3 février 1716 et du 2 mars 1825 sont les événements sismiques historiques majeurs de cette région. Lors du séisme de 1716, les deux spécialistes Ambraseys et Vogt notent (1988) que la ville de Blida a été gravement affectée et que des déformations (probablement des phénomènes de liquéfaction) ont été associées à ce séisme.

En 1825, le séisme du 2 mars avait fait plus de 15 000 victimes. La ville, à l’époque située dans la vallée de oued Sidi El Kébir, avait été complètement détruite. Ils notent également que d’importants glissements de terrain avaient enseveli tout un village. Ce séisme a été associé à des ruptures de sol orientées est-ouest et pourrait correspondre à des déformations d’origine tectonique (Ambraseys et Vogt, 1988). Le catalogue de sismicité historique mentionne d’autres séismes d’intensité ou de magnitude faible. Ceci a rendu d’autant plus difficile la localisation précise des épicentres.

Toutefois, ce catalogue nous révèle plusieurs événements sismiques ayant fait l’objet d’une enquête macrosismique. Les épicentres macrosismiques de ces derniers sont localisés dans la région est de Blida correspondant à l’axe Ouled Yaïch, Soumâa, Bouinan et Hammam Melouane. Les séismes de Blida du 20 juillet 1975 (Ms=4,9), du 11 février 1986 (Ms=4,1), du 29 décembre 1981 et de Hammam Melouane du 4 septembre 1978 (Ms=4,3) ont été localisés macrosismiquement à l’est de la ville, dans la région d’Ouled Yaïch-Bouinan. Ces constatations montrent l’importance du rôle que doit jouer cette faille dans la sismicité de la région. Cette faille doit se continuer au-delà de Bouinan en direction de Boufarik, sous les dépôts quaternaires de la Mitidja.

Ceci est d’autant plus attesté par une importante activité sismique localisée uniquement sous la ville de Boufarik située dans le prolongement de cette faille. Il n’est donc pas étonnant qu’en 2014 et 2015 cette région ait été à nouveau le siège d’une sismicité relativement modérée. Cela est d’autant plus rassurant, car la faille active de cette région du sud de la Mitidja est en phase de décharge de son énergie. A chaque secousse modérée, on s’éloigne donc d’un séisme majeur.

– Y a-t-il un lien entre les séismes et les eaux thermales, puisque la localité de Hammam Melouane est connue pour ses nombreuses sources ?

Peut-on relier thermalisme et activité sismique ? La réponse est non ! Mon non est catégorique. Peut-on relier thermalisme et faille ? Ma réponse est oui. Peut-on relier thermalisme et faille sismique ? Cela peut se discuter. Le thermalisme est lié aux conditions du gradient géothermique du sol. Il faut savoir qu’en moyenne, la température du sol augmente de 1° tous les 30 mètres.

La température d’une eau thermale de 50° serait associée à des nappes d’eau situées à 1500 m environ de profondeur et remonteraient à travers des fractures ou failles. Si nous prenons l’exemple de la région de Montpellier (France), les eaux thermales de Ballaruc-les-Bains sont associées à des failles non sismogènes profondes de 1500 à 1600 m. C’est dire que le thermalisme n’est en aucun cas associé systématiquement à des failles sismogènes ni à l’exploitation ou surexploitation des eaux thermales.
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