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«Abane Ramdane voulait former un bloc national pour faire face au consensus colonial»

Publié le 09/02/2016, par dans Non classé.

Belaïd Abane vient de publier aux éditions Koukou (Alger) Nuages sur la Révolution, Abane au cœur de la tempête. Il développe, sur 430 pages, le parcours militant de Abane Ramdane, ses idées politiques, ses positions révolutionnaires. Il explique le climat d’adversité dans lequel avait évolué Abane Ramdane, celui qui allait être assassiné par ses compagnons de lutte.

– Vous revenez avec Nuages sur la Révolution, Abane au cœur de la tempête. C’est le troisième livre d’une trilogie que vous avez consacrée à Abane Ramdane. Vous poursuivez donc l’exploration d’un domaine historique encore entouré de zones d’ombre.

Effectivement. Le premier était Résistance algérienne, un livre de plus de 700 pages, dans lequel je n’évoque pas uniquement Abane Ramdane. J’ai publié ensuite, en 2012, un pamphlet dans lequel je répondais aux attaques de Kafi, Benabi et Ben Bella aux éditions Koukou. Ce nouveau livre est une continuité des deux premiers. Et, un quatrième est en cours de préparation. Dans Nuages sur la Révolution, j’évoque tous les problèmes apparus au sein de la direction du FLN à partir de 1955, c’est-à-dire à partir de l’arrivée de Abane Ramdane. Abane a repris en main la Révolution en lui donnant de l’impulsion. Il a pris des décisions, a uni le Mouvement national.

Cela n’a pas plu à tout le monde. Surtout que Abane était apparu comme le numéro un de la Révolution. Cela allait déclencher des antagonismes et des ambitions contradictoires. Les nuages allaient s’accumuler pour déclencher une tempête. Et Abane était au cœur de cette tempête. Il n’était pas la victime puisqu’il avait contribué à la déclencher. Il était acteur. La nécessité faisant la loi, il était forcé de prendre des décisions, procéder à des nominations… Quelques mois après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, le vide était sidéral. Il fallait le combler.

– Lui avait-on reproché de vouloir organiser le Mouvement national ?!

Bien sûr ! Les dirigeants de la délégation extérieure n’avaient pas apprécié que Abane organise le Congrès de la Soummam, institutionnalise la Révolution et installe une direction. Abane n’y avait pas été de main morte avec les dirigeants extérieurs en réclamant les armes. Des armes qui étaient promises mais jamais arrivées !

Boudiaf et Ben Bella, qui étaient à l’extérieur, étaient chargés d’approvisionner les maquis en armes. Ils ne l’avaient pas fait. Parfois, les armes arrivaient à la frontière est et étaient détournées vers les Aurès par clientélisme. C’est de cette manière que les Aurès avaient « marché» avec Ben Bella. A la frontière ouest, les armes étaient détournées par Boussouf. Il y a une lettre de Abane à ce propos. Abane, qui avait une position nationale, voulait la distribution des armes à toutes les wilayas, notamment la Wilaya IV.

– Pourquoi, on continue à attaquer Abane Ramdane des dizaines d’années après la fin de la guerre de Libération nationale ?

D’abord, parce qu’il n’est pas là pour se défendre et répondre. S’il était au pouvoir aujourd’hui, on lui aurait fait la courbette. Ceux qui avait lancé des accusations et des insultes à l’adresse de Abane étaient ses adversaires d’hier, comme Ahmed Ben Bella et Ali Kafi. Kafi était l’homme d’un clan, celui du MALG. Il était l’homme de Abdelhafid Boussouf. Daho Ould Kablia était un sous-fifre du Malg. Il n’avait pas de posture importante au sein de ce mouvement.

Ould Kablia était loin du temps et des lieux des événements. En 1957, année de la liquidation de Abane Ramdane, Ould Kablia n’était même pas dans la Révolution. Aujourd’hui, il parle de choses qu’il ne sait pas. Il répète les rumeurs et l’idéologie d’un clan. Il reprend le credo de l’Etat profond naissant, c’est-à-dire glorifier Abane, « mort au champ d’honneur», comme cela avait été mis en avant, et le diaboliser ensuite dès que l’on a commencé à parler de son assassinat par ses compagnons.

– Pensez-vous que les historiens algériens ont fait correctement leur travail sur justement cette question ?

Mohamed Harbi avait écrit sur l’assassinat de Abane. Mais les historiens algériens sont tétanisés par le « magister» des historiens « métropolitains». Ils ont toujours peur de dire des choses qui n’entrent pas dans « les couloirs» de l’historiographie française et parfois même coloniale. Il faut dire que les idées de Abane sont toujours d’actualité : la primauté du politique sur le militaire, l’Etat de droit, l’Etat civil…

On y est aujourd’hui (…) Le livre est structuré autour de trois chapitres. J’ai commencé par évoquer le milieu, la famille et l’homme. Car, on ne peut pas comprendre ce que deviendra Abane Ramdane si l’on ne connaît pas son enfance et son adolescence. Abane n’était ni ange ni démon. Il avait une rigueur éthique et morale irréprochable. Il avait un caractère entier. Zahir Ihhadaden, qui avait connu Abane, m’a dit qu’il était juste mais dur. Dans une situation révolutionnaire, il faut se comporter de cette manière.

– D’où venait justement cette dureté ?

Il était rigoureux en toute chose. Il ne pouvait pas supporter le moindre écart à la vérité. Il répugnait l’injustice et l’arbitraire. Dans le livre, je relate le voyage des grands-parents de Abane en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande, d’où ils avaient ramené de nouvelles idées de démocratie et de droits de l’homme. Abane s’était rapidement imprégné de ces idées. Moi-même, dans mon enfance, j’entendais des mots que je n’avais jamais entendus par ailleurs : l’Etat, la République, l’autorité, l’autoritarisme… Dans la deuxième partie du livre, je rappelle l’œuvre politique de Abane : l’unification de toutes les forces nationales.

– Etait-il aidé dans ce travail politico-militaire ?

Non ! Il n’y avait personne. Krim Belkacem n’était pas un politique. Il avait une vision sommaire. Mais, Abane travaillait d’une manière collégiale. Benyoucef Benkhedda le mentionne dans son livre. Il fallait prendre des décisions, préparer, agir… A l’époque, les moyens de communication étaient très limités. Ben Boulaïd faisait la même chose dans les Aurès. Abane disait à son épouse : « Je ne veux rien laisser à la France. Je dois intégrer dans la Révolution toutes les forces nationales.» C’est-à-dire, les centralistes, les oulémas, l’UDMA et les indépendants (Motion des 61), les communistes…

Il voulait former un Lire la suite

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