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BRTV s’inscrit dans la continuité du combat pour la culture et la langue amazighes

Publié le 20/04/2018, par dans Non classé.

Le fondateur de BRTV fait le bilan, 18 ans après sa création, du premier média berbérophone.
– Comment vivez-vous la célébration du Printemps berbère et du Printemps noir cette année ?

C’est toujours un moment émouvant, un rendez-vous avec la mémoire, où nous rendons hommage à ceux qui ont mené le combat pour la culture et la langue amazighes. Les acteurs du Printemps berbère ont cassé la peur et la chape de plomb qui entouraient les questions culturelles et identitaires en Algérie depuis 1962.

La date du 20 avril 1980 a été un point de non-retour pour la cause berbère, laquelle est intimement liée au combat démocratique dans notre pays.

Le Printemps noir s’inscrit dans la même perspective. Des jeunes gens se sont sacrifiés pour dénoncer l’injustice et le déni identitaire. Ils ont poursuivi le combat de leurs aînés et ils s’attendent à ce qu’on finisse le leur. Aujourd’hui, nous pouvons être sûrs qu’ils ne sont pas morts pour rien, avec les nouveaux acquis et étapes franchies ces quelques dernières années par tamazight.

– Que pensez-vous justement de l’officialisation de Yennayer comme fête nationale et de l’annonce de la création d’une Académie algérienne de la langue amazighe ?

Pour moi, il s’agit de l’aboutissement du combat culturel qui dure depuis l’indépendance pour se réapproprier ces éléments qui font partie de la personnalité algérienne et la complètent. Tout cela a été obtenu grâce aux luttes et aux résistances des militants amazighs. Même s’il s’agit de réalisations imparfaites, il faut les considérer comme des acquis qu’on devrait consolider et perfectionner en restant vigilants. Il faut poursuivre cette dynamique de réconciliation de l’Algérie avec son identité et son histoire. Désormais, la cause berbère a changé de dimension.

– Que voulez-vous dire précisément ?

Le combat a dépassé l’étape revendicative pour la reconnaissance et l’officialisation de notre culture et de notre langue par l’Etat algérien, qui sont déjà acquises. Maintenant, on doit accompagner et encourager la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe et sa promotion partout en Algérie.

Il faut par exemple maintenir la pression sur le gouvernement pour qu’il consacre un budget plus conséquent au ministère de l’Education nationale afin qu’il puisse avoir les moyens nécessaires au développement de tamazight et rendre son enseignement obligatoire à tous les enfants d’Algérie.

– BRTV a été le premier média audiovisuel en tamazight. Quelle a été sa contribution à la cause berbère ?

Depuis son lancement, BRTV joue un rôle éducatif et de vulgarisation culturelle. Nous essayons, avec les moyens dont nous disposons, de contribuer au rayonnement international de notre langue et de notre culture. Berbère Télévision a été, pendant plusieurs années, la seule passerelle médiatique qui existait entre les Amazighs du monde entier. Sa mission première a été et restera toujours la promotion de tamazight dans toutes ses dimensions : culture, langue et histoire.

Ce n’est pas une chaîne de divertissement à proprement parler et encore moins une chaîne commerciale. C’est un outil de lutte qui sert à consolider les acquis du combat culturel amazigh en Algérie, partout dans la terre de Tamazgha et ailleurs dans le monde. Nous participons à la création de meilleures conditions, morales et matérielles, de transmission de la langue et de la culture amazighes aux générations futures.

Nous donnons la parole à tous ceux qui veulent s’exprimer et travailler dans ce sens, à travers des émissions diverses et des programmes de proximité qui ont pour objectif de rappeler qui nous sommes et à quoi nous aspirons. C’est un travail de production incessant afin de soutenir notre culture et la documenter avec des thèmes différents (langue, musique, films, histoire, politique, sport, etc.).

– Vous dites que Berbère Télévision n’a pas vraiment d’appétit commercial. Quel est alors le modèle économique qui lui permet d’exister ?

C’est un cas quasiment unique au monde. Berbère TV a été la première chaîne privée sans objectifs commerciaux. Elle a été lancée uniquement au service d’une cause et d’une culture. Nos téléspectateurs l’ont bien compris. Ils nous ont toujours soutenus et nous sont restés fidèles. Je ne remercierai jamais assez les familles berbères qui vivent en France et au Canada car elles continuent à payer un abonnement pour voir nos programmes.

Il y a également des annonceurs qui nous accompagnent dans cette mission, depuis plusieurs années pour certains. Nous organisons aussi des événements culturels dont les bénéfices vont à la chaîne. Toutes ces sources financières lui permettent de continuer à exister et à se développer. BRTV est gratuite sur satellite en Algérie et en Afrique du Nord depuis 2002.

– Vous situez-vous dans une logique de concurrence avec les autres chaînes amazighes comme TV4 en Algérie et Tamazight TV au Maroc ?

Pas du tout. Nous sommes contents qu’il y ait eu création de ces deux médias publics amazighs. Quand Berbère Télévision a été créée, aucun de ces pays n’avait de chaîne en langue amazighe, d’où notre slogan de l’époque « La seule chaîne qui vous parle berbère». Vu mon parcours professionnel —expert-comptable et commissaire aux comptes — je n’étais pas forcément destiné à créer un média. C’est pour résorber cette carence flagrante que je l’ai fait.

BRTV s’inscrit dans la continuité du combat pour la culture et la langue amazighes des années quatre-vingt. J’ai eu cette idée en 1997 ; le projet en lui-même m’a pris trois ans de réflexion et d’étude. Lors du lancement de la diffusion, le 1er janvier 2000, nous avons commencé d’une manière très modeste mais avec des objectifs bien précis. Le plus important consistait à envoyer un signal très fort aux Etats d’Afrique du Nord pour qu’ils bougent et réagissent.

Normalement, ce n’était pas au privé de répondre aux attentes de leurs peuples. En lançant BRTV, nous savions pertinemment que nous allions obtenir la réponse espérée avec la création de chaînes publiques en tamazight par ces Etats. Nous avons voulu provoquer cela, tout en traçant le chemin indiquant ce qu’un média audiovisuel berbère doit faire. Maintenant qu’elles existent, nous concentrons nos efforts pour améliorer les programmes et les adapter aux nouvelles donnes.

– Quel bilan faites-vous de vos dix-huit années d’existence ?

Nous avons lancé la chaîne avec seulement notre détermination et Lire la suite

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