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Consommation : Les nouvelles «directives» du web

Publié le 06/04/2018, par dans Non classé.

« Khliha Tassdi» pour boycotter l’achat des véhicules, ou « khalih -Yafsad» pour l’achat de la sardine… des appels pour boycotter tout produits dont les prix sont jugés excessifs. Une nouvelle habitude de consommation dite « responsable» veut être inculquée aux consommateurs. Quels résultats et quelles portées peuvent avoir aujourd’hui ces campagnes lancées sur les réseaux sociaux ? Décryptage.
Le lait, la viande, le poulet… et plus récemment les véhicules. Des campagnes de boycott sont lancées depuis quelques semaines déjà sur les réseaux sociaux. Une nouvelle tendance en direction des consommateurs. Initiée, du moins pour ce qui est visible, par des « internautes» afin de protester contre les prix « excessifs» de ces produits.

Lancée en novembre de l’année dernière, une campagne de boycott du poulet, avec le #khaliha-tefsed ou encore khaliha-tfouh, a été largement partagée sur les réseaux sociaux et suivie par les consommateurs. La raison : les prix de la volaille qui ont dépassé les 380 DA le kilo. Mais concrètement, cet appel a-t-il eu un impact sur le chiffre d’affaires des marchands ?

Pas réellement. Réponse de Djamel, vendeur de viande blanche à Bouzaréah : « Je n’ai observé aucune baisse du chiffre d’affaires durant cette campagne…» Bien au contraire, c’est l’effet inverse qui est remarqué. « Paradoxalement, j’ai constaté une forte demande en matière de viande blanche», explique-t-il. Les consommateurs font le stock. « J’ai même eu des clients, qui, par crainte d’une éventuelle pénurie, n’ont pas hésité à acheter plusieurs poulets à la fois», poursuit-il.

Mais c’est surtout le boycott du pain qui a été le plus suivi. En décembre, l’appel au boycott de la baguette de pain a été largement suivi par les citoyens. La raison : les boulangers ont « anarchiquement» revu à la hausse le prix de la baguette de pain normal qui a atteint les 15 DA.

Cette campagne a été toutefois soutenue par les associations de protection des consommateurs Apoce et celle des commerçants Anca. Résultat des courses, le prix de la baguette a été maintenu à 10 DA, « car l’augmentation ne doit pas se faire au détriment du consommateur», avait expliqué El Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association des commerçants et des artisans algériens (Anca). Dernièrement, c’est au tour de la campagne baptisée « Khaliha tassda» (laisse la rouiller), visant à boycotter l’achat des véhicules neufs, de prendre place.

Depuis que le ministère de l’Industrie a rendu publics les prix sortie d’usine des véhicules montés en Algérie, les consommateurs « se sont indignés» à cause de l’écart surprenant entre les prix du ministère et ceux du marché. « Actuellement, nous comptons plus de 50 000 mentions ‘‘J’aime » sur notre page Facebook. La portée de nos publications peut atteindre un très large public : plus d’un million de personnes», confie Rafice Dokmane, l’un des administrateurs de la page Facebook « Boycott d’achat des véhicules en Algérie».

Clic

Le nombre de clics et mentions « J’aime» n’est évidemment pas l’indicateur d’une réussite de campagne ! « Depuis la création de cette page, le nombre d’abonnés ne cesse d’augmenter. Notre but est de sensibiliser le consommateur quant au prix exorbitant des véhicules, et ce, en comparant les prix des voitures DZ avec celles de nos voisins marocains ou encore tunisiens. Nous essayons avec nos moyens de dénoncer ces prix et contribuer à instaurer chez le consommateur le reflex du boycott», explique encore l’administrateur de cette page. Mohamed Laïb, 30 ans, commerçant, a répondu favorablement à cet appel.

Il explique : « Même si financièrement je suis dans la capacité d’acheter une voiture, mais par principe, j’ai renoncé à cette idée.» Selon lui, il est illogique que les prix soient autant élevés. Or, ce sont des véhicules montés en Algérie et bénéficiant d’avantages fiscaux. « Je ne veux pas me retrouver avec une voiture d’occasion dont le prix pourrait avoisiner, dans quelque temps, celui d’une voiture neuve», confie-t-il. Mohamed n’est pas un cas isolé.

Depuis le lancement de ces campagnes de boycott, nombreux sont ceux qui ont suivi le mouvement. Un constat confirmé par Rafice Dokmane, l’administrateur de la page. Il soutient : « Chaque jour, nous recevons pas moins de 300 messages sur notre messagerie électronique. Des messages de soutien de toutes les wilayas. Certains n’hésitent pas à partager des vidéos en direct des marchés dédiés à la vente de véhicules d’occasion.

A titre d’exemple, samedi dernier, à 5h, heure où normalement le marché de Tidjalabine est bondé de voitures, celui-ci était quasiment vide… Preuve que nos actions portent leurs fruits sur le terrain.» Outre l’engouement des internautes, cette campagne a eu, entre autres, le soutien des députés à l’APN. Les élus la justifient par « l’incapacité de l’Etat à soumettre les marchés à un contrôle efficient». Le député de la wilaya de Djelfa, Lakhdar Brahimi, a appelé ses collègues à soutenir cette campagne.

Selon lui, les prix des voitures sorties des chaînes de montage en Algérie sont plus élevés que ceux des véhicules importés. Mais concrètement, cet appel au boycott a-t-il eu un réel impact sur le prix des véhicules ? Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et orientation du consommateur et son environnement (Apoce) : « Cette campagne n’a pas eu un impact direct sur les prix des véhicules neufs. Néanmoins à force d’intensifier ces appels, un changement dans ce sens pourra probablement se faire.

Par ailleurs, nous avons observé une certaine réticence de la part des citoyens quant à l’acquisition d’une voiture d’occasion. Ces derniers craignent de se retrouver avec un véhicule d’occasion alors que les tarifs des véhicules neufs pourraient être revus à la baisse», explique-t-il. Selon notre interlocuteur, dont l’association soutient et encourage toute campagne de boycott sérieuse, tant qu’elle est justifiée et appuyée par des faits concrets, et non émanant d’une volonté personnelle où de son propre jugement : « L’acte de boycotter est un acte de civisme.

Et c’est justement cette culture que l’on veut instaurer chez le consommateur algérien.» De son côté, El Hadj Tahar Boulenouar, président de l’ANCA, se désole : « Il est à déplorer que ces actions, peuvent être instrumentalisées par de tiers personnes, soit pour un but commercial ou politique.» La thèse de la concurrence déloyale n’est pas à écarter, explique-t-il. Car, Lire la suite

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