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Esthétique du choc

Publié le 27/02/2016, par dans Non classé.

Du 25 au 27 février, la revue Naqd, en partenariat avec l’AARC, a organisé des journées d’étude autour de la relation entre l’art, la mémoire et l’événement traumatique. Cette initiative, qui croise réflexion académique et pratiques artistiques, se veut une continuité du travail entamé par ladite revue il y a plus de dix ans à travers son numéro : « L’Esthétique de la crise».
La revue Naqd, en partenariat avec l’Agence algérienne pour le rayonnement Culturel (AARC) et l’Ecole supérieure des Beaux-arts d’Alger, a initié un cycle de réflexion de trois jours associant universitaires et artistes visuels autour du thème : « La production esthétique dans les sociétés en crise».

Entre conférences, débats et workshops, ce cycle a le mérite de s’attaquer à une question cruciale en interrogeant l’art dans son rapport à la mémoire, et plus particulièrement le champ des traumas collectifs. Pour étrenner ces journées d’étude, une conférence de haute facture a été donnée, jeudi dernier à l’Ecole supérieure des Beaux-arts, par Soko Phay, spécialiste en histoire et théorie de l’art moderne et contemporain. En pénétrant dans la somptueuse école, l’on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour Ahmed et Rabah-Salim Asselah, assassinés, ici même, le 5 mars 1994.

Voilà qui nous renvoie de plein fouet à notre sujet justement : ces maudites années 1990 et leur legs « inesthétisable». En tout cas, l’entreprise a tout d’un challenge. D’où précisément l’intérêt de ces rencontres qui visent à croiser les pratiques, les récits, les regards, autour de l’expérience traumatique et la manière dont elle impacte les représentations artistiques.

Esthétique de la crise, la suite

Avant de céder le micro à Soko Phay, l’éminent historien et directeur de la revue Naqd, Daho Djerbal, dira quelques mots de contextualisation, en soulignant notamment la filiation entre ces rencontres et le travail entamé il y a plus de dix ans autour de cette même thématique par la prestigieuse revue de critique sociale qu’il dirige. « Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des deux rencontres qui avaient eu lieu précédemment suite à la publication d’un numéro de la revue Naqd consacré à ‘L’Esthétique de la crise’», explique Daho Djerbal. « Nous avons voulu dresser un état des lieux dans le domaine de la production esthétique, particulièrement en Algérie.

Notre pays a connu une période traumatique de violence extrême qui a amené un certain nombre de conséquences dans la relation à l’image, dans la relation à la mémoire de l’événement, et dans sa traduction, dans sa représentation dans le domaine esthétique», souligne l’historien.
Daho Djerbal estime qu’il est important de s’inspirer de l’expérience d’autres sociétés qui furent confrontées, elles aussi, à des violences extrêmes : « Pour cela, nous avons invité des professeurs en histoire et en critique d’art pour avoir une profondeur, avoir un champ, une dimension qui ne soient pas un particularisme autocentré.

Il y a des réflexions sur le rapport entre l’art, la mémoire et l’événement traumatique qui se sont faites ailleurs, qui ont beaucoup avancé, qui ont produit un matériel conceptuel, qui ont produit une approche de la question de la production esthétique, et nous avons tenu à ce que cela soit partagé avec nous» a-t-il plaidé dans son introduction.

Les images manquantes du génocide cambodgien

Il faut dire que le choix porté sur Soko Phay pour lancer le débat est fort à propos. Soko Phay est maître de conférences au département d’arts plastiques de l’université Paris 8. Elle est notamment l’auteur de Le miroir dans l’art, de Manet à Richter (Paris, L’Harmattan, 2001). Elle a également dirigé nombre d’ouvrages collectifs, dont Miroir, Appareils et autres dispositifs (L’Harmattan 2008). Une bonne partie des travaux de Soko Phay ont porté sur la relation entre art et crimes de masse, en particulier le génocide cambodgien. Un sujet qu’elle connaît parfaitement, étant elle-même d’origine cambodgienne. Elle est arrivée en France en 1976, à l’âge de 6 ans, un an après la prise du pouvoir par les Khmers Rouges dans son pays.

A travers son exposé intitulé : « Images manquantes et paysages hantés», Soko Phay apportera un témoignage à la fois incisif et émouvant à partir du génocide cambodgien qui fera deux millions de morts entre 1975 et 1979. La conférencière confie qu’il lui a fallu passer par le génocide rwandais pour affronter son propre trauma. Elle rend en passant hommage à l’immense artiste chilien Alfredo Jaar et son œuvre magistrale, The Rwanda Project, 1994-2000, qui l’a beaucoup marquée. C’est ainsi qu’elle entama un long cheminement sur les traces de son  » histoire refoulée ».

Disséquant le travail des artistes cambodgiens sur le génocide perpétré sous la dictature de Pol Pot, Soko Phay va s’intéresser tout particulièrement à « la question du paysage». « Je parlerai donc du génocide cambodgien, du travail de mémoire et de la création à partir de la thématique des lieux et des paysages», précise-t-elle. « Plus de 40 ans après le génocide, excepté quelques lieux et sites mémoriaux comme le ‘‘S21 », un lieu d’extermination transformé en musée, les traces du génocide sont peu visibles dans les paysages du Cambodge. Les charniers qui parsèment par milliers le pays sont des lieux d’oubli. Ils n’apparaissent nulle part sur les cartes officielles. Dépourvus de signes distinctifs, ils finissent par être effacés de la mémoire des hommes» relate-t-elle.

« On peut se demander comment un paysage qui a connu des massacres de grande ampleur peut-il offrir une visibilité de l’histoire. Comment les artistes représentent et interrogent la mémoire des lieux et des territoires ? Comment donnent-ils à voir par la création par l’image, un paysage de mémoire, paysage entendu à la fois comme espace physique et psychique ?»

Un film pour sépulture

Et de passer en revue, images et extraits vidéo à l’appui, les œuvres de quelques artistes cambodgiens contemporains qui font un travail absolument remarquable. Parmi eux : Vandy Rattana (né en 1980 à Phnom Penh). Soko Phay projette quelques images de sa série photographique intitulée : « Bomb Ponds» (étangs à bombes) et qui donnent à voir des rizières avec des trous. « Ce sont les stigmates des bombes larguées par les Américains. Il y a eu plus d’un million de bombes larguées par les B52 en Lire la suite

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