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La vie au ralenti dans le sud

Publié le 01/08/2016, par dans Non classé.

La vie continue pourtant, lente, parcimonieuse et difficile, malgré le confort offert par la technologie et les moyens mis dans l’amélioration de la distribution de l’électricité qui ont confortablement changé les habitudes de ces Algériens du Sud de plus en plus adeptes de la climatisation.
Les températures à l’ombre annoncées par les services météorologiques ne changent rien au ressenti qui parle à la peau. La chaleur est ardente, après un mois de juin historique tant ses pics avaient allégrement dépassé les 48°C, marquant cette année 2016 déjà classée comme la plus chaude des dernières décennies de par le monde. Il en est ainsi d’Adrar comme d’In Salah ou bien encore de Ghardaïa, Biskra ou Ouargla.

A un ou deux degrés près, l’extrême sud et le nord du Sahara sont plongés depuis le mois d’avril dans la torpeur d’une canicule saisonnière qui bouleverse, chaque année à la même période, la vie quotidienne des Sahariens. Une hausse précoce du mercure est constatée ces dernières années. « On ne le ressentait vraiment qu’à partir de mai, désormais mars et avril annoncent le changement de saison.»

Quand le printemps bat son plein sur le littoral et dans l’Atlas tellien, c’est déjà la saison des vents sur la steppe et le Sahara. Cette région subit à sa façon les aléas des changements climatiques qui font que le réchauffement de la Terre est plus ressenti dans les zones arides.

24H/24

Ouargla, à titre d’exemple, ne se vide plus totalement de ses habitants qui adaptent leur quotidien à la réalité climatique. « La circulation est plus fluide, les cafés moins bondés, les rues sans encombrements en cette fin juillet.» Les habitants sont contraints à se « bunkeriser» à la mi-journée voire plus tôt. La journée commence donc à l’aube pour les travaux ménagers, les emplettes et… le boulot.

« Vivre le soir, vivement des marchés nocturnes et des espaces de loisirs…» Pour ceux qui ont raté les premières heures de la matinée, il faut attendre 18h pour sortir. Les commerces ouvrent plus tôt pour profiter d’une longue pause-sieste où les rues sont quasi désertes. Dès 6h, les marchés sont opérationnels alors que l’administration ouvre ses portes vers 7h30. A 10h, les climatiseurs battent leur plein, faisant écho à la chaleur de l’extérieur. « Je n’éteins pas, c’est 24h/24 chez moi», affirme Karima. Un appel de charge tant redouté par Sonelgaz qui organise chaque année une campagne recommandant une consommation modérée de la climatisation aux heures de pointe.

L’entreprise a fini par se rendre à l’évidence et répondre à la doléance de ses abonnés, aussi furieux que dépités par les longues pannes d’électricité qui caractérisaient les étés sahariens. Des centaines de réclamations étaient traitées par le service clientèle de Sonelgaz, qui transférait vers les assurances des dossiers de remboursement d’équipements électroménagers endommagés par les perturbations ainsi que des tonnes de denrées périssables rendues invendables pour les commerçants de la ville.

Prudence sur les produits réfrigérés

Les changements sociologiques et démographiques ont certes produit un citoyen de plus en plus demandeur de confort, mais que faire devant la cherté de la vie ? « Les tarifs des vacances ayant flambé ces dernières années, mon départ en congé est décalé au mois d’août pour une moyenne de 20 jours», affirme Djamel, fonctionnaire à Ouargla. « Je n’irai ni à Jijel ni à Béjaïa, vive mon climatiseur», affiche un facebookeur d’In Salah sur son profil.

L’amélioration de la distribution d’électricité et la continuité du service ont soulagé une demande pressante des commerçants qui devenaient minimalistes, réduisant de manière drastique leurs commandes de produits réfrigérés durant les mois de juillet-août.

Tarek, patron d’une supérette du centre-ville, se rappelle avec amertume des pertes causées par les pannes d’électricité en 2013 et 2014. « C’était hier, yaourts, fromages et beurre devenaient dangereux à stocker autant pour nous que pour la santé des consommateurs.»

La santé en été ? Les gens se préservent comme ils le peuvent, avec une mobilité restreinte et limitée aux besoins vitaux. Une vie minimaliste intra-muros, sans loisir ni sortie, vu l’inexistence de centres de détente ou de lieux familiaux. Les jeunes et les enfants sont les plus à plaindre ; leur vœu le plus cher est la création d’un acquaparc digne de ce nom. Un luxe que les collectivités locales ne peuvent pas encore payer, en l’absence d’investissement privé.

Une émeute avait éclaté, le 16 juillet, à l’arrivée du ministre de l’Intérieur pour réclamer de l’eau et des loisirs à Ouargla. Le mois de juin 2016 a enregistré le décès d’un ouvrier espagnol et un autre a été sauvé in extremis et transféré illico vers Madrid. L’occasion pour les services sanitaires locaux de parler d’acclimatation et de mesures de protection, tels les chapeaux et les vêtements en coton blanc.

L’hôpital Mohamed Boudiaf a reçu une trentaine de cas d’insolation. Un bilan qui en dit long sur la résistance développée par les populations sahariennes, qui attendent toujours l’application du décret exécutif 14/27 fixant les prescriptions urbanistiques, architecturales et techniques applicables aux constructions dans les wilayas du Sud. Une autre vaine doléance. « Le toub a presque disparu, le parpaing a de beaux jours devant lui», réplique Djamel, un habitant d’In Salah. Lire la suite

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