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«Le mouvement citoyen a aussi son mot dire»

Publié le 15/02/2016, par dans Non classé.

– Pourquoi n’y a-t-il pas de dispositif spécifique au Sud pour le transfert des malades ?

Les évacuations sanitaires se font essentiellement avec l’ambulance de l’hôpital, mais les retours ne sont pas couverts pour la simple raison que le véhicule ne peut pas se déplacer vide pour ramener un malade, selon la réglementation en vigueur. Quand il n’y a plus d’urgence, le recours à l’ambulance n’est donc plus permis.

C’est un vide, je vous le concède. Pour les cas froids, nous travaillons avec les services de la Direction de l’action sociale pour transporter les patients. Des billets de bus ou d’avion sont offerts par le ministère de la Solidarité. Un malade transféré à Ben Aknoun pour se faire opérer de l’œil a récemment été hospitalisé pendant trois semaines et pour son retour, c’est l’association Al Ihssane qui a pris le relais. Cette contribution soulage l’hôpital et aide les médecins spécialistes à s’intégrer au sein de la population et à apporter des soins de qualité.

Le cas du scanner de l’hôpital est édifiant. A In Salah, il y a un médecin radiologue, mais le principal souci est que le scanner est obsolète. C’est un appareil monobarrette alors qu’actuellement, les gens travaillent avec 64 barrettes. Il n’est utile que pour les cas extrêmes et il ne peut donner de bons clichés que pour les cas où le diagnostic est évident. Pour toute autre pathologie — recherche tumorale, exploration minutieuse… — il est complètement dépassé. Et le fait de faire des radios et d’essayer de les interpréter pourrait nous mener vers de faux diagnostics. Nous l’utilisons beaucoup plus pour les accidents vasculaires cérébraux.

– Pourquoi les médecins spécialistes d’In Salah ne travaillent qu’un mois sur deux ?

C’est le cas de certains d’entre eux vu l’existence de doublures dans la même spécialité. En fait, c’est un entendement avec la direction de l’hôpital. Normalement, à l’accueil des médecins, des logements de fonction sont mis à leur disposition. Pour les doublures, un seul logement est alloué, donc ces médecins sont en chevauchement et ne peuvent pas s’installer en famille.

Le ministre, le wali de Tamanrasset et notre wali délégué ont été sensibilisés à ce problème et ont beaucoup œuvré à l’amélioration de cette situation. Je peux vous dire qu’actuellement, certains médecins sont astreints à habiter dans des chambres de malade. Le logement reste un sérieux problème, d’autant que même les généralistes y ouvrent droit du fait du manque de médecins autochtones.

– Les habitants pensent que les médecins algériens refusent de venir au Sud, ils se sentent abandonnés par leurs concitoyens…

Essayons de raisonner comme un jeune médecin fraîchement diplômé. Il est astreint à effectuer son service civil. C’est sûr qu’il voudra faire court et bien. On dit que c’est une année, mais c’est en fait 7 mois et 20 jours de travail effectif. Parce que s’il fait 10 jours de garde, la loi prévoit une journée de récupération, et qu’au Sahara on a 50 jours de congé annuel.

La rémunération est nettement plus conséquente, les conditions de vie sont plus agréables. Il n’y a pas d’encombrement, les gens extrêmement accueillants. Que lui manque-t-il ? Un logement et des conditions normales pour pratiquer la médecine. Et là, je vous parle de ma propre expérience.

On m’a bien parlé de ces arguments, mais mon raisonnement est simple : les villes de Tamanrasset, Adrar et Reggane sont très bien pourvues en médecins, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Celles-ci ont des logements de fonction à revendre, elles sont en nette expansion et chaque nouveau quartier est doté d’un quota de logements pour la santé. A In Salah, il n’y a pas de logement pour la population elle-même, comment voulez-vous qu’elle accueille de nouveaux médecins ?

– Comment avez-vous vécu l’année dernière ? Pensez-vous vous installer pour longtemps ?

Disons que je suis déjà installé à In Salah, je suis jeune marié et ma femme est avec moi. Nous nous projetons ici pour au moins une dizaine d’années. On verra après. In Salah offre beaucoup d’avantages, premièrement le salaire qui est pratiquement le double qu’à Alger, 20 jours de congé annuel supplémentaire, le logement de fonction et la qualité de vie, le tourisme, une très forte entraide entre la population elle-même et avec les médecins.

Ce qui manque, c’est le matériel, le consommable médical. Mais disons que toute raison gardée, ce n’est pas pire que dans un grand hôpital d’Alger. Pour l’année 2015, nous avons été un point très important à cause des deux journées traumatiques où on a vu beaucoup de nos concitoyens affluer en urgence vers l’hôpital. C’était tout ce que vous pouvez imaginer de plus catastrophique, une débandade incroyable. Nous avons bien réagi pour soulager en même temps des policiers et les citoyens blessés. D’ailleurs, nous comptons encore dix blessés par balle avec des débris intracorporels pris en charge par les hôpitaux d’Alger et de Tizi Ouzou grâce au wali délégué.

Maintenant, en tant que citoyen, j’ai assisté à plusieurs meetings place Somoud. Ce mouvement m’a extrêmement touché à ses débuts, c’était un réel exemple. Toute la population était là, hommes, femmes, enfants. D’ailleurs, même les policiers envoyés en renfort par l’Etat ont pratiquement tous été nourris par la population. Le mouvement citoyen d’In Salah a clairement dit que la société civile avait aussi son mot à dire et je pense que les gens ont été choqués par la réaction violente des forces de l’ordre. Lire la suite

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