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L’«économie» locale affectée

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Pendant près de 30 ans, les autorités ont fermé les yeux sur les trafics en tous genres sur la bande frontalière ouest. Trafics qui ont généré des richesses à tous les niveaux.
Subitement, le gouvernement a décidé de « couper les vivres» à plus de 10 000 personnes. Des perspectives incertaines et inquiétantes pour une population en colère.

A l’entrée de la bourgade de Boukanoune qui fait face à sa voisine marocaine Ahfir, un tank, vestige de la guerre de libération, est exposé. Malin serait celui qui parmi les jeunes autochtones pourrait vous donner une indication sur les faits de cet engin pendant notre lutte armée. Car pour cette frange de la société, ce qui compte, c’est vivre et qu’importe la couleur de l’argent. Même si « notre Révolution est notre fierté», rappelle Rabah.

La rue principale, naguère grouillante, est désespérément déserte. Des jeunes, la mine défaite, sont agglutinés sur les terrasses des cafés en cet hiver décevant. Difficile de passer inaperçu dans cette agglomération. On se sent quasiment suspect au vu des regards qui nous mitraillent. Pas forcément hostilement.

Les représentants de la société civile qui devaient nous attendre nous ont fait faux bond à la dernière minute. L’un deux, respectueux des convenances, nous expliquera tout de même que « quelques heures avant notre rendez-vous, on nous a conseillé de ne pas parler à la presse.

Du coup, nos amis ont eu peur». Crainte justifiée, en ce sens que cette contrée est « empoisonnée» par des anathèmes. « Comme si seuls les gens d’ici s’adonnent à la contrebande.» Notre interlocuteur coupera court à notre discussion à l’apparition d’un de ses camarades. Cette méfiance est peut-être justifiée par l’implication de deux jeunes de la région dans une affaire de trafic de cocaïne il y a une semaine. La justice ne s’est pas encore prononcée sur leur cas.

Nous quittons les lieux pour nous diriger vers Bab El Assa, localité de personnalités d’Etat, à l’image de Tayeb Louh et Tayeb Belaïz, entre autres… Les gens ici n’ont pas trop leur langue dans la poche. « C’est bien beau de cadenasser les frontières avec des tranchées plus larges et plus profondes, mais ces décideurs — qui doivent avoir raison — ont-ils pensé à ces milliers de jeunes qui ne vivaient que de ça et qu’on a transformés en chômeurs en un laps de temps ? Des pères de famille se nourrissaient de cette activité, leur a-t-on prévu une alternative ?» s’interroge Mohamed.

« Où irons-nous ? Que ferons-nous ?»

Une activité qui s’exerçait au vu et au su de tout le monde. « Qui paie, aujourd’hui ? Nous, les citoyens. A-t-on puni les complices censés surveiller cette frontière ?» renchérit-il, amer.Fait ubuesque : les baudets, qui servaient au convoyage de tous les produits entre les deux pays, sont visibles en nombre dans les champs. « Le baudet coûtait jusqu’à 50 000 DA. Aujourd’hui, on nous apprend que celui qui est surpris avec un âne est passible de prison et d’une forte amende, c’est le bouquet.»

A quelques encablures de là, le village de Sidi Boudjenane apparaît. Le rythme de vie est au point mort depuis que les pouvoirs publics ont serré la vis sur « la route de l’unité», route de la contrebande. « Même les commerces légaux chôment. Regardez les restaurants, les boutiques, les transports… tout est mort.

La frontière imprégnait à la région une vivacité, un mouvement économique intense ; tout le monde y trouvait son compte. Les jeunes et moins jeunes étaient occupés. Aujourd’hui, c’est une véritable bombe à retardement. Déjà, et c’est triste de le dire, des cambriolages et des agressions sont enregistrés dans notre région, faits qu’on ne connaissait pas avant…», confesse Abdallah.

On estime à plus de 10 000 le nombre de personnes vivant de ce commerce informel ou illégal. « Qui peut déterminer la terminologie de cette activité, puisque ce business ne profitait pas uniquement aux autochtones, mais aussi à des responsables à tous les niveaux ? Qui pourra dire le contraire ?

Les faits sont là : des tonnes de drogue ont été introduites sur notre territoire et cela ne s’est pas fait par pur hasard», affirme Abdessamad, la trentaine. La question que se posent actuellement les différents intervenants est lancinante : « Où irons-nous ? Que ferons-nous aujourd’hui ? Nos horizons sont sombres. A l’Etat de nous répondre !»

Pour approfondir et élargir les tranchées, les militaires ont été contraints de piétiner des propriétés privées. « On n’est pas contre des projets étatiques, mais la loi est claire : quand on exproprie un citoyen, on l’indemnise. Cela n’a pas été fait. On a pris nos terres, on a arraché nos arbres fruitiers sans crier gare. Comme si nous étions des insectes qu’on écrase. L’Etat veut irriguer 5000 hectares, mais il n’est même pas capable de nous indemniser, ce n’est pas juste !» s’insurge un terrien, la soixantaine passée.

Sur cette bande frontalière ouest, aucun projet industriel n’a été inscrit depuis l’indépendance. Un oubli que la population n’a pas attendu qu’il soit réparé pour vivre. Vivre dans un environnement aux règlements permissifs, tolérants… Des règlements moulés selon les intérêts des différents antagonistes. « On veut vivre dans la légalité, à l’Etat de nous prendre en charge !» réclament en chœur les citoyens de l’extrême ouest. Lire la suite

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