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L’incroyable mésaventure de trois touristes algériens au Liban

Publié le 28/04/2018, par dans Non classé.

Le Liban, qui, dans le passé, était l’une des destinations touristiques des plus prisées au monde, est devenu un traquenard pour des « aventuriers» naïfs.
C’est le cas de ce groupe de citoyens algériens, pour qui le retour au pays relève du miracle après un séjour cauchemardesque à Beyrouth, la capitale du Liban.

Chasse gardée de la France, ayant fait de la capitale libanaise « le petit Paris» où se côtoient toutes les religions, c’est assurément cette image qui a alléché les touristes du monde entier. Mais cette aventure peut se transformer vite en enfer, comme cela a été le cas pour deux Algériens. Ces derniers nous ont fidèlement témoigné des pénibles moments qu’ils ont vécus entre les mains des milices du Hezbollah et les services de sécurité officiels de ce pays.

Pour Yacine Mechrouk, 34 ans, originaire de Aïn Bessem, dans la wilaya de Bouira, le scénario inattendu a été vécu au mois de mars dernier. « Nous avons vécu l’enfer, d’abord dans les cellules des milices du Hezbollah, puis dans celles des services du renseignement libanais où nous avons été transférés.

Je n’ai jamais imaginé un tel scénario. Deux autres touristes algériens faisaient partie d’un groupe dont le voyage a été organisé par une agence de tourisme, All Tour, basée à Alger», a-t-il déclaré.

Moqueries et humiliations à El Merkaz

Les témoignages de ce jeune touriste, visiblement très affecté, laissant échapper des larmes en se rappelant des pratiques inhumaines qu’il avait subies, montrent à quel point il a été affecté.

De simple touriste, il s’est retrouvé accusé de deux chefs d’inculpation, d’abord d’espion par le Hezbollah, et de terroriste par les agents de renseignement libanais. Les moqueries, les humiliations, le harcèlement et les pressions de tous genres ont constitué le lot de souffrance qu’il a subie sans répit durant plus de 48 heures.

Tout a commencé dans l’après-midi du 24 mars dernier, au moment où il se préparait à rentrer au pays après un séjour touristique d’une semaine. « Nous étions hébergés dans un hôtel, en plein centre de Beyrouth, encadrés dans nos déplacements par des guides accompagnateurs de l’agence. C’était le dernier jour. Nous avions décidé de faire des achats au niveau d’un marché célèbre du quartier Raouché, vraisemblablement sous le contrôle des milices du Hezbollah.

Contre toute attente, nous avons été interpellés par un individu à bord d’une moto, qui s’est identifié comme étant un élément de la branche armée du Hezbollah. Il a immédiatement fait appel à des renforts qui nous ont conduits manu militari dans les locaux de ce parti. Nous soupçonnons qu’une telle interpellation s’est faite par rapport à des prises de photo d’endroits purement touristiques, à l’image d’une façade d’une ancienne mosquée», se rappelle Yacine. Conduit dans un petit bureau appartenant à cette organisation, les questions pleuvaient.

« Vous êtes des Irakiens, Palestiniens ou Syriens ?». « N’êtes-vous pas des espions agissant pour les services secrets de votre pays ? etc», se rappelle-t-il, en précisant que l’interrogatoire a duré plusieurs heures, avant que l’ordre ne soit donné par téléphone de les transférer vers le QG du Hezbollah.

Arrivés au siège du commandement de cette organisation, « El Merkaz», les yeux bandés et les mains liées avec des serre-câbles en plastique, se rappelle amèrement notre interlocuteur, encore traumatisé. Au niveau d’El Merkaz, nos trois ressortissants algériens ont subi le même interrogatoire, mais avec plus de brutalité et d’arrogance. Toutes leurs affaires (téléphones portables, argent et pièces d’identité) leur ont été confisquées.

« Les agents chargés de nous interroger ont aussi exigé de nous de leur divulguer les mots de passe pour accéder à nos pages Facebook», a-t-il indiqué. Toutefois, notre interlocuteur a précisé que leur séjour au niveau du centre en question a duré plusieurs heures, avant qu’ils ne soient livrés aux services de sécurité qui, à leur tour, sont passés à d’autres méthodes et procédures aussi musclées qu’humiliantes que celles du Hezbollah. « On nous a mis des cagoules sur la tête et nos mains étaient attachées encore lors de notre transfert.

Là encore, ils cherchaient les raisons de notre présence au Liban, alors que toutes les formalités ont été faites par l’agence de tourisme en charge de voyage», ajoute Yacine. « Ils vérifiaient et cherchaient à nous coller dans un fichier de citoyens venus, selon leurs dires, préparer des attentats au Liban», a-t-il déclaré reprenant l’une des déclarations faite avec arrogance par un officier chargé de leur interrogatoire. Le supplice s’est prolongé jusqu’à une heure tardive de la nuit, avant que les trois infortunés touristes ne soient placés dans une cellule située au sous-sol du même édifice.

Les conditions de détention étaient inhumaines, selon nos ressortissants, dont l’un d’eux exerce la fonction de juge. Ils ont été placés dans une salle pleine à craquer de prisonniers. « Nous étions conduits par une brigade  »spéciale », qui nous a entassés dans une salle avec une cinquantaine de détenus, dont on ignorait le mobile de leur présence dans cet endroit. Nous étions jetés en pâture à une horde humaine hétéroclite, dans des conditions indescriptibles, où l’on dormait même dans les toilettes.

Un détenu palestinien s’est approché de nous pour nous décrire le contexte infernal dans lequel il a été placé. Comme pour tous les autres, nous avons constaté de visu que les droits humains les plus élémentaires sont totalement bafoués. Certains prisonniers étaient complètement nus, d’autres subissent une sorte de délire diabolique. Bref, nous avons vécu l’enfer…», a témoigné Ali, 48 ans, résidant au quartier de Bab El Oued à Alger.

Des touristes, pas des terroristes

Ce dernier a déploré également que les agents de sécurité ont même refusé de lui restituer ses médicaments, pourtant atteint d’une maladie neurologique. « Depuis le moment de notre arrestation, nous avons exigé d’être mis en contact avec notre représentation diplomatique, conformément au droit international, hélas cela a été vain», ont-ils regretté. Dépassées les 48 heures de détention arbitraire et cauchemardesque, les trois touristes algériens ont été libérés en présence de l’attaché militaire de l’ambassade d’Algérie, avisée par les services de sécurité libanais qui n’ont probablement rien trouvé de suspect chez les Algériens. Un responsable a même « présenté des excuses» aux trois touristes.

Libérés après avoir été Lire la suite

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