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Maternité d’Adrar : Carences multiples et personnel en colère

Publié le 05/02/2016, par dans Non classé.

De nombreuses sages-femmes et infirmières ont tenu un sit-in pacifique, les 25 et 26 janvier, à l’hôpital Ibn Sina d’Adrar pour manifester leur désespoir. Afin de dénoncer les conditions de travail et la prise en charge des futures mamans. Une situation qui tend à se répandre dans des régions isolées, loin de l’administration d’Alger.
« Je ne comprends pas pourquoi nous disposons d’une structure telle que le centre hospitalier à Adrar, et en même temps, nous ne disposons pas du matériel de base pour prendre en charge les futures mères et les nouveau-nés. Des conditions de travail qui nous laissent perplexes face à la gestion de notre service. Pourquoi le malade n’arrive pas à avoir ses soins, alors que les professionnels sont disponibles ?» s’interroge une infirmière d’Adrar qui a observé, en compagnie de ses consœurs, deux jours de grève, 25 et 26 janvier, à l’hôpital Ibn Sina d’Adrar. « Nous exigeons d’être entendues, car notre service est animé en permanence.

Le service maternité assure plus de quinze naissances par jour, et près de cinq opérations chirurgicales. Nous avons alerté plusieurs fois la direction pour que les choses évoluent et que nos patientes puissent avoir une meilleure prise en charge. Rien n’a été fait.» Absence d’hygiène, plateau repas maigre, matériel défectueux ou inexistant, manque de communication entre la hiérarchie et le personnel, insalubrité…Les réseaux sociaux dénoncent depuis des années l’état des lieux de plusieurs hôpitaux, une information capitale pour se rendre compte de la réalité que vit le personnel et que subissent les malades.

Facebook

Au lendemain de la grève des sages-femmes et des infirmières du service maternité de l’hôpital d’Adrar, le militant et membre de la Coordination nationale de la défense des droits des chômeurs (CNDDC), Abdelmalek Ibek, a partagé la vidéo du sit-in, relayé par une page facebook dédiée à l’actualité de la région d’Adrar, afin d’alerter les médias et les militants. Scandalisé par le mépris que rencontre le personnel, Abdelmalek Ibek a commenté : « Absence de soins, et quand on le réclame, on est méprisé !» Pour Rahma, future maman, la question de changer d’hôpital s’impose forcément pour une raison simple, elle s’inquiète : « Mes deux enfants sont nés dans ce service maternité.

Le troisième arrive dans deux mois et mon mari me presse pour aller dans une autre wilaya pour accoucher. Mon bébé souffre déjà d’une malformation, si en plus je dois lui faire subir les conditions catastrophiques, je ne pense pas qu’il survivra.» Et de confier : « J’espère que les démarches pour aller accoucher ailleurs ne sont pas compliquées, je n’ai plus de force en ce moment.» Moins chanceuse, Mabrouka va devoir accoucher dans les conditions imposées par le service maternité : « Je ne fais même plus attention à l’hygiène et tous les manques qui existent, je veux juste que ma fille naisse en bonne santé et sans complications.»

Usurpateurs

Alors que le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abdelmalek Boudiaf, avait déclaré, en marge de la cérémonie de clôture de la session d’automne du Parlement : « La priorité du système de la santé, soit toute notre politique menée dans ce domaine, obéit à un seul et unique objectif, celui d’assurer une meilleure prise en charge du malade.» Une déclaration qui ne fait pas l’unanimité. « Nous n’avons pas besoin d’aller au Sud algérien pour nous rendre compte de l’état de nos hôpitaux. Ici, à Alger, certains hôpitaux n’ont pas été réaménagés depuis des décennies.

On rafistole, on construit sur des déchets et on laisse la gestion à des usurpateurs», s’insurge un médecin basé à Alger et qui fait plusieurs missions dans la région d’Adrar. « On parle de volonté de l’Etat de changer les choses. Oui, les moyens sont là, je ne le conteste pas. Cependant, la gestion est catastrophique et c’est le médecin et surtout le malade qui le subissent. A Adrar, j’ai déjà travaillé sans matériels adéquats… une expérience que je ne suis pas près de revivre», affirme-t-il. Aujourd’hui à Adrar, vu la situation, la mobilisation se généralise entre proches des malades, associations et dons individuels.

Militaire

« La solidarité dans le Sud est connue et reconnue, c’est ainsi que nous avons survécu. Toutefois, ce n’est pas la solution, nous sommes des citoyens algériens et nous exigeons les mêmes conditions de vie et de développement que dans le Nord», explique Tahar, un natif d’Adrar, qui s’est installé à Tamanrasset depuis dix ans « Mes filles souffrent d’une maladie congénitale, je faisais des allers et retours entre Adrar et Tamanrasset pour qu’elles aient les bons soins. Un jour, un ami m’a conseillé en me disant que c’est une zone militaire, donc en cas de problème, les médecins d’Alger pourraient intervenir.

A ma place, personne ne va se rebeller pour exiger des soins appropriés, je veux juste que mes filles guérissent, je ne suis pas en train de faire de la politique», précise-t-il. Tamanrasset, Ouargla, Adrar, In Salah et bien d‘autres villes du Sud algérien souffrent, plus que les autres, de la mauvaise prise en charge des malades. Ceci dit, à In Salah, par exemple l’administration de l’hôpital est consciente des manques et initie des démarches pour que les choses s’améliorent. Pour Zoheir Aït Kaci, médecin et président du Conseil médical à l’hôpital d’In Salah, « il faut reconnaître que ce sont surtout les conditions de vie qui sont très difficiles.

A In Salah, par manque de matériel, on est obligé d’envoyer nos patients ailleurs pour se soigner, car nous ne disposons pas de matériels spécialisés», explique-t-il. Selon lui, ce qui pourrait sauver les hôpitaux, c’est la création de « pôles spécialisés» afin de répondre à la forte demande. « Dans le cadre du conseil que je préside, je rapporte le matériel manquant, mais je n’ai pas carte blanche. Le budget de l’hôpital d’In Salah, pour cette année, est de 500 millions de centimes, on ne peut même pas avoir un scanner avec ça ! De ce fait, on comprend mieux pourquoi les spécialistes hésitent à se déplacer, puisqu’ils n’ont pas le matériel avec lesquels ils ont l’habitude de travailler dans le Nord.»

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