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Quand l’Afrique subsaharienne montre la voie…

Publié le 02/04/2018, par dans Non classé.

Abidjan (Côte d’Ivoire)
De notre envoyé spécial

Abidjan, capitale d’une étonnante et très dynamique Côte d’Ivoire. Au sortir de l’aéroport Félix-Houphouet-Boigny où un accueil VIP est réservé aux invités de l’Africa CEO Forum qui viennent des quatre coins du monde, le climat tropical tout en chaleur et moiteur vous prend à la gorge.

Même à 2h du matin l’atmosphère est chaude, lourde, surtout humide et, malgré les sourires XXL des belles hôtesses d’accueil, on suffoque. Premières impressions plutôt agréables.

Rues très larges et feux à tous les croisements. Les lagunes font d’Abidjan des îlots de verdure hérissés d’immeubles impressionnants aux néons blafards. Même un week-end, à 3h, les rues sont encore assez animées et la circulation est loin de se tarir.

Les grands panneaux publicitaires qui bordent les routes sont souvent les premiers éléments de renseignement du reporter. Banques, produits de large consommation, téléphonie mobile, immobilier, ils donnent une première idée assez précise de la dynamique économique du pays d’accueil.

Après un dimanche tranquille passé à récupérer des fatigues du voyage nocturne, c’est parti pour deux jours de débats, de rencontres et de discussions passionnées et passionnantes. La dernière édition de l’Africa CEO Forum est axée sur les révolutions numériques et l’effort que doivent fournir les entreprises et les gouvernements africains pour s’adapter aux changements qui les attendent.

Des panels de discussions et de workshops sont ainsi centrés sur ces nouveaux défis technologiques. Mots-clés : réussir sa transformation digitale, sa mue numérique. En filigrane, se dessine un enjeu vital pour les entreprises du continent africain et un petit chiffre peut, dès le départ, donner une idée de l’écart qui se creuse entre le vieux continent et les pays émergents. En 2016, seuls 366 millions de dollars ont été investis dans les start-up africaines. C’est dix fois moins qu’en Inde.

A l’aube d’une nouvelle ère, et comme à chaque nouvelle révolution ou nouveau changement majeur de l’humanité, il n’y a que deux choix possibles : s’adapter ou disparaître.

Il est donc beaucoup question de start-up, de nouvelles opportunités et de nouveaux terrains d’investissement offerts par les ruptures technologiques que sont la robotisation, l’intelligence artificielle, la digitalisation, les fintechs, le e-paiement et autres projets liés aux énergies renouvelables et au monde qui se renouvelle.

L’Afrique, c’est 5600 milliards de dollars d’investissement en 2025

Evidemment, l’Algérien qui débarque dans ce forum comprend tout de suite que nous sommes un peu loin du fameux modèle de la « start-up» algérienne auquel nous sommes habitués et qui consiste à vendre à crédit une camionnette chinoise à un jeune diplômé fraîchement sorti de l’université pour aller vendre des pommes de terre ou des artichauts sur le bord d’une route nationale.

D’ailleurs, dans l’Indice mondial de l’innovation 2017, l’Algérie pointe à la 108e place sur 127 pays. Et personne ne sera vraiment surpris d’apprendre que nos voisins marocain et tunisien sont largement mieux lotis en apparaissant à partir de la 70e place. L’innovation est devenue un puissant moteur de croissance, pourvoyeur d’emplois et créateur de richesses.

La délégation algérienne à ce forum compte à peine une douzaine de personnes. Pour les stands loués par les entreprises, institutions et pays pour vendre leur image, il n’y a aucun pavillon national. Pour les CEO, il y a l’incontournable Cevital qui continue sa tranquille pénétration des marchés africains, le groupe Condor qui rêve de se faire une petite place sous ces latitudes et qui y arrive tout doucement, puis NCA Rouiba un habitué de ce rendez-vous.

Il y a également Salim Agli, jeune CEO du groupe éponyme dont les biscuits commencent à se faire une petite place sur le marché ivoirien. El Kadi Ihsane, journaliste spécialisé en économie, fondateur du site Maghreb Emergent et observateur attentif des nouvelles économies africaines, se désole que Sonatrach même ne soit présente ne serait-ce qu’avec un stand.

Comparativement, la délégation d’un pays voisin compte une centaine de personnes. Il faut dire qu’un rendez-vous qui attire autant d’investisseurs ainsi que les plus grands banquiers et financiers de la planète est une occasion en or pour tous les gouvernements africains d’attirer les porteurs de projets ou de finances dans leurs pays. Même l’étonnant et tout petit Djibouti est là vantant ses ports sur la mer Rouge. La compétition est rude.

A la séance d’ouverture, Amir Ben Yahmed, de Jeune Afrique Media Group et président de l’ACF est aux côtés du président ivoirien, Alassane Ouattara, de celui du Zimbabwe, Emerson Mnangagwa, et du président du Ghana, Nana Akufo-Addo.

L’Afrique francophone et l’Afrique anglophone se parlent et se comprennent en passant aisément de l’anglais au français et vice versa. Le forum regroupe 1600 participants et 63 pays, dont 43 africains, pesant 98% du PIB africain. Selon un bureau d’études américain, d’ici 2025, ce sont 5600 milliards de dollars qu’offre l’Afrique aux investisseurs tentés de s’y rendre. Les chiffres des présents et la qualité des participants augurent déjà d’une belle réussite.

Le Maghreb, un marché de 100 millions d’habitants

Après la séance plénière et le lancement des travaux, rencontre avec Ali Haddad, président du FCE, qui marque de nouveau sa présence après avoir raté les deux dernières éditions pour des obligations professionnelles. Ali Haddad choisit de revenir sur l’attractivité des marchés africains pour les produits algériens. Il est vrai que de plus en plus d’industriels algériens tentent de poser pied en Afrique subsaharienne, mais, en off, beaucoup se plaignent du parcours du combattant que cela représente.

La bureaucratie algérienne est aussi stérilisante qu’étouffante quand elle ne pousse pas tout bonnement à l’abandon et au découragement. « Si vous demandez à une banque de vous ouvrir une ligne de crédit pour importer 100 tonnes de clous, c’est sans problème.

Mais si vous leur dites que vous avez besoin de faire sortir des devises pour ouvrir une représentation à Abidjan, Madrid ou Dakar, ils vous répondent que c’est impossible et que la législation algérienne ne le permet pas», raconte le représentant d’un grand groupe qui tient à garder l’anonymat. Hors micro, ces industriels s’épanchent longuement sur les difficultés à exporter dans un pays où, depuis des décennies, les machines de l’importation tournent à plein régime. « Voyez-vous, pour exporter nos produits au Maroc, nous devons Lire la suite

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