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Record macabre en 2016

Publié le 08/08/2016, par dans Non classé.

Plus de 89 000 migrants, pour la plupart originaires d’Afrique subsaharienne, sont arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l’année, un total approchant des 93 000 recensés entre janvier et juillet 2015.
C’est ce que l’on pouvait retenir du sinistre et dernier bilan du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), dressé peu de temps avant la série d’opérations de secours intervenues, tout récemment, avec pas moins de 6500 migrants secourus au large de la Méditerranée au cours de la dernière semaine de juillet 2016.

Pis, la traversée a coûté la vie à plus de 3000 personnes, surtout en Méditerranée centrale, soit plus de 50% de plus que l’année dernière pendant la même période, d’après le décompte de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Avec tous ces tas de cadavres d’adultes et surtout d’enfants repêchés ces derniers jours, c’est le spectre du drame de 2015 qui plane sur la méditerranée : parmi tous les morts aux portes de l’Europe, celui que le monde entier n’est toujours pas près d’oublier n’est, en effet, autre qu’Aylan Kurdi, le petit réfugié de la guerre syrienne englouti puis recraché par les fonds marins turcs voilà près d’une année. La photo insoutenable de son frêle corps inerte avait fait, début septembre 2015, le tour du globe, poussant l’Europe à revoir sa position et à « humaniser» son discours envers la problématique des migrants.

Or, en fait d’humanisation, au finish il n’en fut rien. C’était beaucoup plus à une marchandisation de l’humain que cette même Europe avait manifestement recours. Crise, quotas, contingents, fret, centres de tri…, une inflation vocabulaire très dégradante à l’égard des migrants caractérisait, des semaines durant, les propos des officiels occidentaux.

Dans leurs multiples sorties publiques « compassionnelles» consécutives au choc provoqué, à l’échelle planétaire, par la photo du garçonnet kurde, les politiques européens n’hésitaient pas à user d’une terminologie à la limite de la décence à chaque fois qu’étaient déclinés leurs mécanismes de répartition des dizaines de milliers de réfugiés qu’ils devaient accueillir sur leur territoire. Dès lors, il n’était guère surprenant de retrouver l’hypocrisie, de plus en plus folle, comme élément prégnant. L’Europe, lorsqu’elle utilise le mot « crise», c’est pour définir la manière dont il faut agir pour ne pas se faire charrier par la vague, la déferlante, le tsunami, le raz-de-marée, ou encore la submersion migratoire.

Quota ou contingent, terme tantôt marqué positivement, tantôt négativement, est le nombre de réfugiés appelés à être « importés» ou « exportés», autrement dit « échangés» entre les pays de l’UE qui se déclarent preneurs. Centres de tri, ce sont les structures d’hébergement d’urgence destinés à l’inscription et l’identification des migrants d’abord éligibles à la demande puis au droit d’asile, soit la séparation des réfugiés politiques des migrants économiques.

Ainsi pourraient être organisés des convois de raccompagnement rapide aux frontières, confiés à l’organisation paramilitaire Frontex pour ceux qui ne seront pas reconnus comme candidats au statut de réfugiés. Fret, les moyens mobilisables aux fins de l’acheminement de ces migrants de là où ils se trouvent vers leur destination finale : l’un des « eldorados» européens, le pays de transit ou, au pire, le pays d’origine. Mais les questions que d’aucuns ici et ailleurs se posent sont : qu’est-ce qui pouvait être à l’origine de l’inflexion soudaine du discours des politiques de l’UE, quels que soient leurs bords ? Etait-ce réellement la photo terriblement choquante d’Aylan, échoué sur une plage turque qui avait ébranlé la conscience collective ? Autrement dit, cet humanisme de l’Europe serait-il au-dessus de tout soupçon ? Car des drames à ses portes, il y en a eu et en masse : pas moins de 3000 personnes sont mortes englouties dans la Méditerranée en 2015. Ces changements de pied successifs face à la crise migratoire restent donc inexpliqués.

D’autant que le langage au lendemain du naufrage de Lampedusa, survenu le 3 octobre 2013, l’une des pires tragédies migratoires de ces dernières années – 366 morts, majoritairement des femmes et des enfants – et bien après, était tout autre : fermeté et fermeture furent les mots d’ordre décrétés, unanimement, par les puissances occidentales. Mieux, il était question de co-développement, de sanctions, de lutte contre les réseaux internationaux de passeurs, mais aux politiques des quotas, ce fut le niet collectif. Or, à partir de septembre 2015, le ton avait curieusement changé et l’Europe s’était soudainement révélée indulgente, trop même.

Les survivants des détresses en mer deviennent des témoins actifs

L’impact psychologique de la photo d’Aylan y était-il pour quelque chose ? « Le facteur émotionnel important, imagé par la photo du petit Aylan, paralyse les fonctions intellectuelles collectives liés au drame des migrants. Ce qui entraîne une page blanche et vide pendant au moins une quinzaine de jours au niveau du conscient collectif et anesthésie tout effort de réflexion sur les tenants et les aboutissants de ce grand drame. D’ailleurs, le soi-disant grand problème des quotas passe en dernière position à côté de l’émotion liée à la photo qui a fait le tour du monde», psychanalyse le professeur en psychiatrie Mohamed Boudef.

Pour celui qui a présidé la commission d’expertise judiciaire de Chouaïb Oultache, l’assassin présumé de Ali Tounsi, ex-patron de la Sûreté nationale, « il est inadmissible que notre réflexion soit guidée par les plus forts, au lieu de développer un intérêt sur la question en considérant l’ici et le maintenant de toute cette histoire. Ces migrants ne sont pas une génération spontanée ou venue du ciel. Ils quittent leur bercail de toujours, au moins du temps des dernières croisades.

Et qu’est-ce qui s’est passé entre-temps pour qu’ils quittent normalement et lâchement leur terre ?» Aux yeux de l’ex-président du Comité pédagogique national de psychiatrie, l’hypocrisie dont a de tous temps fait preuve l’Europe est à son comble : « La terminologie toujours aussi prégnante dans le discours des Européens puisée dans leurs rapports techniques et méthodologiques de ce dépeuplement massif est claire : quotas, centres de tri, contingents, une vraie marchandise à gérer. Les termes humanisme et humanité sont incompatibles avec le discours de cette Europe qui se pose en terre d’humanisme. Un observateur novice Lire la suite

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