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«Un cinquième mandat serait dangereux pour notre pays»

Publié le 30/04/2018, par dans Non classé.

– L’éventualité d’un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika est de plus en plus évoquée. Etes-vous de ceux qui croient que cette option est crédible ?

Je ne suis pas dans le secret du sérail pour dire si l’option du 5e mandat est crédible ou pas. Tant que le concerné ne s’est pas prononcé lui-même ou par une voix autorisée, dans un sens ou dans l’autre, il est difficile de donner une réponse plausible à votre question. Il est vrai que les indices d’un 5e mandat se multiplient. Mais l’opacité qui enveloppe le champ politique ne nous donne pas assez de visibilité pour privilégier ou écarter une telle option.

Naturellement, les clientèles du régime et sa proximité trouvent leur intérêt dans la « continuité» qui leur garantit le maintien des privilèges. D’où cette surenchère dans les appels à un 5e mandat.

Ce que je pourrais vous dire, par contre, c’est qu’un 5e mandat serait dangereux pour notre pays. Il sera de nature à exacerber la crise globale qui l’affecte. Ce serait un coup de force politique dans la lignée de celui constitutionnel du 7 février 2016 qui plongerait le pays dans l’inconnu.

– On est à moins d’une année de l’élection présidentielle de 2019 ; vous ne pensez pas que c’est le moment idéal pour déclarer sa candidature pour quelqu’un qui ambitionne de présenter un projet pour les Algériens ?

Cette question a un lien direct avec la précédente. Vous savez, tout est relatif. Dans une démocratie où les règles du jeu sont claires et où la compétition électorale se déroule sur fond de confrontation de programmes, les candidats à une élection présidentielle se positionnent, parfois, des années avant l’échéance afin de disposer du temps nécessaire pour présenter les programmes et avoir le temps de convaincre et de mobiliser les électeurs autour de ces programmes.

Chez nous, la situation est complètement différente. Le champ politique est enveloppé dans une opacité épaisse qui empêche une analyse lucide du terrain sur lequel les candidats, de l’opposition bien sûr, vont s’aventurer. Le vide au sommet de l’Etat et l’intrusion de forces extraconstitutionnelles dans le jeu politique ont généré un brouillage des grilles de lecture.

Entre l’hypothétique 5e mandat, les cercles du pouvoir qui s’entre-déchirent, les forces extraconstitutionnelles et les lobbies qui tentent d’avancer leurs pions pour peser sur « la succession», dans le cas où le 5e mandat n’est plus de mise, la crise économique qui s’aggrave, et les tensions sociales qui s’exacerbent, le terrain est miné. Les meilleurs analystes se perdraient en conjectures dans ce paysage politique brumeux.

Certes, l’échéance, en elle-même, est proche. Mais compte tenu de la gravité de la situation politique, économique et sociale, elle paraît encore lointaine. Pour l’heure, s’agissant de Talaie El Hourriyet, la recherche de la sortie de crise déclasse l’élection présidentielle dans l’ordre des priorités de notre agenda politique.

La décision concernant une candidature à l’élection présidentielle ne peut être prise à la légère. Pour ma part, je me déciderai, le moment venu, en fonction d’un faisceau de paramètres et en concordance avec la décision que prendront les instances du parti que j’ai l’honneur de diriger. Ce qui est sûr, c’est que nous aurons notre mot à dire le moment venu.

– Vos appels incessants pour un dialogue sérieux entre l’opposition et le pouvoir n’ont pas eu d’écho pour l’instant, ni même au sein l’opposition, dont les initiatives prises en vue d’aboutir à un large rassemblement à partir de la rencontre de Mazafran n’ont pas donné les résultats souhaités, elle est plus que jamais divisée, encore moins au sein du pouvoir qui fait la sourde oreille. Pensez-vous qu’il existe encore, en pareilles circonstances, une perspective pour une alternative démocratique et une issue pour l’impasse politique nationale et à ce que vous appelez crise de régime ?

Je voudrais d’abord préciser que le « dialogue» est une marque de fabrique de Talaie El Hourriyet. Le concept est un élément de son projet politique. Le dialogue est l’approche la plus démocratique pour la solution des crises et des conflits.

L’appel au dialogue pour une sortie de crise est partagé par une grande partie de l’opposition. A ma connaissance, aucune des formations et des personnalités politiques qui ont pris part aux rencontres Mazafran n’a renié l’engagement concernant la revendication d’une sortie de crise négociée, consensuelle, ordonnée et apaisée, au-delà des divergences idéologiques et des projets de société en concurrence.

Et ce n’est pas parce que le régime politique en place feint d’ignorer ces plateformes que cela les disqualifie ou diminue de leur valeur politique. L’opposition algérienne est une opposition responsable. Elle a opté pour une démarche pacifique.

Talaie El Hourriyet est profondément convaincu que la seule issue à la crise, si on veut éviter à notre pays de nouvelles épreuves, réside dans un dialogue politique intégrant le pouvoir, les partis politiques, y compris ceux qui attendent leur agrément, les personnalités politiques nationales, les syndicats et les représentants de la société civile pour une sortie de crise durable et l’engagement du pays sur la voie de la construction graduelle d’un régime démocratique et d’un Etat de droit.

Nous ne péchons pas par naïveté ou par excès d’optimisme en nous attachant à cette démarche. Le régime en place est en fin de parcours. Il navigue à contre-courant de l’histoire. Nous sommes convaincus qu’une perspective pour une alternative démocratique et une issue pour l’impasse politique nationale par le dialogue est encore possible. C’est la raison pour laquelle nous continuerons à plaider pour une sortie de crise consensuelle par le dialogue.

– Certains cercles parlent de l’idée d’une candidature unique, l’initiative est toujours à l’état embryonnaire. Y êtes-vous favorable ? Cette idée pourrait-elle avoir une chance d’aboutir à un vrai projet, selon vous ?

Personnellement, tout en considérant que cette proposition a son propre mérite, une candidature unique de l’opposition à la prochaine élection présidentielle ne changerait pas grand-chose si l’élection se déroule dans le cadre législatif électoral en vigueur et les pratiques actuelles qui font que l’appareil politico-administratif organise et contrôle tout le processus électoral avec comme mission de détourner la volonté populaire pour pérenniser le régime en place.

Par contre, là Lire la suite

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