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Un moment fondateur

Publié le 19/04/2018, par dans Non classé.

Avril 80 peut être interprété comme l’expression d’une volonté de réécrire un récit national loin du mythe, du délire, du mensonge et de l’arrangement. Un récit plus conforme à la vérité historique par l’adjonction des fragments manquants et la réhabilitation des mémoires interdites.
Avril 80 est un moment historiquement dense. A partir de l’angle culturel, le printemps berbère réexamine les différents aspects de la problématique algérienne. Pour mieux restituer le sens profond de ce moment fondateur, il convient de rappeler à grands traits le contexte national et international de l’époque.

L’échec des expériences de modernisation autoritaire survient dans un monde en pleine mutation. En effet, les premiers signes de fissuration du bloc soviétique apparaissent au moment même où l’offensive néolibérale annonce les prémices d’un paradigme nouveau devant présider à l’administration de la planète : la mondialisation.

L’Amérique latine et l’Europe méridionale entament leur transition démocratique, l’Asie sort de sa longue léthargie pour montrer un dynamisme économique insoupçonné et l’islamisme le plus radical prend le pouvoir en Iran.
L’ancien système mondial d’alliances s’effrite et les autoritarismes du Sud paniquent.

Et pour pouvoir durer, ils se mettent en quête de nouvelles ressources politico-idéologiques et osent même se laisser tenter par les pires collusions, comme la connivence avec l’islamisme dans le cas de l’Algérie. Nos dirigeants ont promis le développement, un développement par ordonnance, sans notre avis ni notre participation. Nous avons eu le sous-développement, l’obscurité et la peur du lendemain. L’échec est patent et l’exaspération sociale est à son comble.

Avril 80 est une incursion dans ce monde hésitant et l’univers incertain de l’autoritarisme. Avril 80 peut être interprété comme l’expression d’une volonté de réécrire un récit national loin du mythe, du délire, du mensonge et de l’arrangement. Un récit plus conforme à la vérité historique par l’adjonction des fragments manquants et la réhabilitation des mémoires interdites. Non, l’histoire de l’Algérie ne commence pas au VIIe siècle et ne saurait se réduire à l’épopée novembriste.

Un récit par ailleurs ancré dans le réel par la réappropriation du temps et de l’espace. L’irruption soudaine et prolongée des populations dans le champ public a en effet ouvert de nouvelles perspectives. L’initiative a changé de camp. Et à ce titre, avril 80 est un moment de modernité. Il a bousculé, agacé. Mais il a éveillé et osé montrer de la vie dans une société supposée morte car « consentante». Le citoyen découvre avec surprise et soulagement qu’il existe autre chose en dehors du parti unique.

Avril 80 a révélé d’autres lieux, d’autres sons, d’autres figures. Il a mis en lumière d’autres manières de voir, de concevoir, d’imaginer demain. L’exigence de citoyenneté est par ailleurs au cœur de l’esprit d’avril 80. La réalité est plurielle et elle doit être reconnue comme telle. La démocratie n’est pas dans l’existence des différences. Elle est dans l’aménagement des espaces pour l’expression libre de ces différences.

Le mouvement a su éviter l’impasse la plus redoutée, la plus redoutable, celle du repli, du rejet de l’autre, autrement dit l’affirmation par l’exaltation de la différence en réaction à la négation de cette même différence. La dictature a parfaitement saisi l’enjeu. Pour elle, parler autrement peut préparer à penser autrement et à terme, susciter d’autres droits, comme le droit de regard, le droit de choisir, le droit de s’organiser, d’entreprendre, etc.

Un système sans mémoire

L’appel de la culture, compris comme la liberté de création au sens le plus étendu, et le ressourcement dans la profondeur historique partagée par tout le nord de l’Afrique pouvaient constituer une réponse aussi bien à l’impasse autoritaire qu’au défi d’un monde en pleine mutation.
Hélas, aveuglés par la seule question du pouvoir, nos dirigeants ont depuis longtemps perdu le sens des perspectives historiques.

Aussi, face au Printemps 80, ils feront le choix de la répression, de la guerre idéologique et de la propagande la plus odieuse. Tous les métiers détestables de la dictature sont mobilisés pour pervertir le mouvement : intoxication, infiltration, noyautage, manipulation et autres. Les Kabyles sont accusés de séparatisme et de complot contre l’Etat.

Ils sont également accusés d’avoir brûlé le Coran et souillé le drapeau. Cela a eu pour résultat immédiat de créer un effet d’aubaine dans les milieux conservateurs et au-delà. Comment interpréter une telle démarche irresponsable sinon comme un feu vert à toutes sortes de dérives, un appel au crime ?

L’inquisition islamiste ou la gâchette facile des services de sécurité ne trouvent-elles pas là leur explication ? N’est-ce pas là la meilleure manière de mener à bien la fracturation nationale ? Nulle part dans le monde il n’existe de problème identitaire. En revanche, il y a des stratégies identitaires. Elles sont à l’origine des plus grands drames de l’humanité.

Notre pays a eu à en payer le prix fort. En effet, en déplaçant la problématique d’Avril 80 du terrain politique vers le terrain idéologique, le pouvoir a rendu possible l’évolution la plus sombre pour le pays. La décennie sanglante est la conséquence directe la plus visible. Mais en dépit de toutes les tragédies vécues, nos dirigeants ne semblent pas avoir exorcisé en eux cette tendance irrésistible à l’inamovibilité, tentation à vouloir rester à n’importe quel prix.

Une existence sans vie

Aujourd’hui, tamazight jouit d’une reconnaissance formelle. Ce n’est pas rien. Toutefois, elle est sans existence réelle. La promotion de tamazight va très vite buter sur le mur où se sont déjà fracassés le multipartisme, le droit de grève, la liberté de culte, la liberté d’expression, le droit de choisir librement les gouvernants, la liberté d’entreprise ; bref, toutes les libertés individuelles et collectives. Il s’agit bien sûr de l’absence de l’Etat de droit et de la médiation démocratique.

L’académie portera les limites liées à la nature du système et à l’état des libertés publiques en situation autoritaire. L’autoritarisme impose des limites à l’intérieur desquelles aucune forme de liberté ne peut exister. Le propre des constructions virtuelles est d’offrir de l’illusion. Celle-ci peut tromper.

Elle peut également « séduire». L’impatience, source de tous les opportunismes, se charge du reste. Il s’exprime déjà un droit de propriété sur la future Académie de la part de certains au titre de leur engagement réel Lire la suite

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